mercredi 27 juillet 2016

Terrorisme : Experts égarés et radicalisme juridique


Abjects !

D'Orlando à l'église Sainte-Thèrese en passant par la Promenade des Anglais.

Cela pourrait laisser penser à un itinéraire touristique. Mais cet été, c'est un chemin de mort.
L’attentat d’Orlando venait juste de se produire : mon dernier post, avant de prendre quelques vacances, traitait de l’armement à envisager pour les agents de sécurité privée. Ces vacances qui m’ont amené à deux pas de Nice où un nouvel attentat a fait 84 victimes innocentes le 14 juillet. Et hier, après les enfants de la Promenade des Anglais, ce prêtre assassiné par des individus que DAESH présente comme des combattants. Barbares et incultes, ils dévoient les hommes et les idées, jusqu’aux mots :

Un terroriste n'est pas un combattant

Un combattant, au sens militaire, est quelqu’un qui affronte un autre combattant, lui-même armé et prêt, qu’il veut vaincre selon les lois de la guerre. Car la guerre, pour horrible qu’elle soit, a des lois. Le combattant se confronte au risque et montre du courage. Il respecte un code de l’honneur : je relisais il y a peu « Le grand cirque » de Pierre Clostermann, Compagnon de la Libération dont j’ai eu l’honneur de serrer la main dans mon « jeune temps ». Cet homme qui, comme la plupart des Chevaliers du ciel, s’interdisait de tirer sur un ennemi abattu… qui serait pourtant peut-être celui qui le placerait dans le viseur lors d’un prochain combat. Voilà des combattants ! 
Je suis donc toujours heurté lorsque des commentateurs, journalistes pourtant si précautionneux par ailleurs, affublent de ce titre de vulgaires terroristes. Car oui être terroriste relève de la dernière vulgarité, celle qui leur fait quitter l’Humanité qui nous rassemble.

Des experts égarés

Au sujet du terrorisme, des experts nous racontent d’ailleurs que ce serait une notion floue… Rappelant que dans les années 40, nos résistants étaient ainsi qualifiés par l’occupant. Non, trois fois non ! Ils étaient des combattants, agissant pour une juste cause ! Certes sans uniformes et à couvert, mais pour compenser l’immense déséquilibre des forces et nous permettre de retrouver honneur  et liberté confisqués.

Halte à ce terme de "Cibles molles" !

Ces mêmes experts utilisent souvent une autre notion que je trouve aussi choquante : celle de « cible molle ». Ils pronostiquaient d’ailleurs que ces « cibles molles » seraient privilégiées par les terroristes. Ce qui arrive en effet. Mais le pronostic semblait hélas si facile !

Oui, un prêtre de 84 ans est une « cible molle ». Oui des enfants qui sont au feu d’artifice sont des « cibles molles ». Ces experts eux-mêmes, comme nous tous, sommes des « cibles molles » si l’on se place du point de vue du terroriste. C’est même leur objectif, aux terroristes : nous transformer, psychologiquement, en « cible molle ».  Autrement dit en cible potentielle ayant conscience de n’être rien face à une kalachnikov, un camion de 20 tonnes ou un djambia. Cette notion de cible molle contribue à la dépersonnalisation, ce que poursuit le terroriste. Alors de grâce, si l’un de vous, expert, vous égarez sur mon blog, prenez le temps de la réflexion. Car les mots ne sont pas neutres : Les cibles molles peuvent en avoir assez de l’être… Et ainsi se durcir. On sait le Français réactif et facilement révolté tendance "sanguin" lorsqu’il est poussé dans ses retranchements. L’histoire n’a cessé de le montrer. C’est d’ailleurs ce que craignent nos représentants. Qui rappellent que l’Etat de droit est notre meilleure arme. 

De l'état de droit au gouvernement des juges... et des idéologies

Le droit, une arme suffisamment affutée…? 

Sur plusieurs centaines de fichés S pour faits de terrorisme, moins d’une quinzaine seraient sous bracelet électronique (moins un, le terroriste abattu par la BRI hier). Et ces bracelets électroniques ne permettent pas la géolocalisation. 

Ou plus précisément, le contrôle sourcilleux de la CNIL, saisie pour avis par le Ministère de la Justice en juillet 2008, imposait la plus grande prudence dans l’exercice de cette mesure (la délibération de la CNIL consultable ici). C’est ainsi que le placement sous surveillance électronique mobile a été restreint aux seuls individus déjà condamnés à une peine d’au moins 7 ans. Alors à titre préventif, on ne veut même pas l'envisager. Serait-ce pourtant, au regard de la menace une telle atteinte à nos principes républicains !

S'agissant des mesures préventives, souvenons-nous aussi que la détention était "préventive" jusqu'en 1970 pour devenir provisoire puis dans les années 80 encore évoluer. Le législateur décidait qu'elle ne devait plus être qu'une mesure "exceptionnelle". A cela s'est ajoutée par la loi Guigou la présomption d'innocence qui, poussée jusqu'à l'excès, ne permet plus de tenir une posture préventive. Et le renforcement des droits des auteurs d'infractions engendrant la complexification de la procédure pénale n'a pas eu de cesse dans le courant des années 90 et 2000. Au point qu'aujourd'hui, le travail d'un enquêteur ou d'un juge est semé d'embuches purement procédurales qui sont autant de causes possibles de nullités. Et cela sans justifications réelles du point du vue des libertés, assurément. C'est d'un véritable radicalisme juridique dont il s'est agi. Nous sommes probablement la seule grande démocratie au monde à être aller jusqu'à ces excès que seules des visées idéologiques expliquent. En situation d'état d'urgence et de péril tel qu'il se présente, la détention devrait (re)-devenir effectivement préventive.

Comment aussi invoquer ces principes républicains auxquels nous tenons tous lorsqu’au nom de la Liberté, des lieux de cultes réputés pour leur approche radicale restent ouverts. A moins qu’on craigne qu’une fois fermés, ils deviennent clandestins. 

Comment peut-on comprendre qu’en mars 2016, le Conseil d’Etat a pu suspendre pour vice de procédure la fermeture d'une mosquée de Seine-et-Marne où avaient été constatés des appels à la haine et au jihâd (voir ici). En quelque sorte l’Etat condamné par lui-même. Pourtant l’état d’urgence voté en novembre 2015 prévoyait bien ce type de mesure. 

Même le juge Trévidic, pourtant loin d'être naïf, déclare aujourd'hui dans un article de l'Express, alors qu'il a eu face à lui l'assassin du prêtre : "Je ne pouvais évidemment pas imaginer qu'il tuerait un prêtre dans une église." Ces actes sont évidemment inimaginables pour l'homme normal. Mais lorsqu'on est juge, enquêteur ou responsable politique, on doit savoir qu'hélas que le pire est possible. Et d'avoir alors le courage de l'envisager sérieusement pour restreindre drastiquement la liberté de quelques uns pour assurer la sécurité de la multitude.

Et que dire de ces magistrats qui déclarent que "l'intéressé présentait tous les gages nécessaires à sa remise en liberté". Connaissent-ils la Taqiya ou l'art de la dissimulation prônée par Daesh (qui fournit même sur ses sites la manière détaillée de la mettre en oeuvre).

On a le sentiment d'une très grande naïveté ou d'un état de faiblesse incompréhensible.

Tout cela conduit à ce que même un Etat disposant aujourd'hui d'un état d’exception (l'état d'urgence) se montre faible. Parce qu’un gouvernement des juges est l'oeuvre : administratifs, judiciaires ou autres autorités indépendantes comme la CNIL, pour ne pas parler des autorités supra-nationales comme la Cour Européenne des Droits de l'Homme (qui ne manque jamais une occasion de condamner la France) ou de quelques idéologues drapés leurs certitudes, beaucoup font du droit une religion... en voie de radicalisation !

Alors appelons-en à Montesquieu : si on revenait à l'Esprit des Lois... Ne serions-nous pas plus efficaces, plutôt que d'en regarder à peine le bout de la lettre ! 



Cette application ferme et déterminée de la loi, fidèle à l'esprit d'un état d'exception que justifie la situation,  n'a pas pour objectif de protéger une catégorie de la population mais bien la Nation dans son ensemble, dont les communautés qui à leur corps défendant partagent le Dieux dévoyé par les terroristes. 

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