mardi 14 juin 2016

Sécurité privée, terrorisme et armement.


Orlando, de la fête aux larmes


L’attentat terroriste d’Orlando a montré une nouvelle fois la barbarie à laquelle conduit le fanatisme religieux. On ne peut en cette période que se sentir proche des États-Unis, pays de liberté, confronté à des faits de même nature que ceux survenus à Paris. Et bien sûr avoir une pensée pour les familles et pour les victimes dont on est solidaire. Cet acte odieux m’inspire aussi, au moment où ce faux débat s’amorce, qu’on ne peut répondre à un affreux communautarisme par un autre, même s'il est pacifiste. Si le criminel a bien visé un club gay, c’est bien au-delà, notre humanité et notre culture emprunte de tolérance qui sont visées (on se souvient qu’en France un attentat contre un club échangiste avait été évité voici quelques mois - au Bataclan  et aux terrasses des cafés, c'était simplement la fête et la jeunesse qui étaient visées). Restons donc soudés autour des valeurs qui nous unissent plutôt que de mettre en avant ce qui nous distingue. Me voici éloigné de mon sujet. J’y reviens donc :

La sécurité privée face au terrorisme, la question de l’armement

La présence d’un garde armé à Orlando


Cet attentat a cela de singulier qu’il s’est déroulé malgré la présence et l’intervention d’un garde armé dans le club. La question de l’armement des agents de sécurité, jusqu’alors exclue en France sauf pour les transports de fonds et quelques rares cas d’agents de protection rapprochée, avait été rapidement soulevée après les attentats de Paris.

Or la présence de ce garde armé n’a pas permis d’éviter la fusillade dont le bilan est très lourd : 49 morts et plus de 50 blessés (soit une centaine de victimes sur un total d’environ 350 personnes présentes dans le club). Ce garde spécialement embauché par le club et assurément opérationnel (policier par ailleurs, ce qui ne serait pas possible en France) n’est pas en cause. 

Question d’asymétrie

Ce qui est en cause, et ce qui doit conduire notre réflexion, c’est l’asymétrie entre un terroriste et celui ou ceux qui assurent la sécurité courante, qu’elle soit publique ou privée.

Le fusil d'assaut AR 15 utilisé à Orlando

Le terroriste utilise une arme de guerre, dont les caractéristiques sont une cadence de tir élevée et des munitions puissantes (un simple mur, un meuble ou une carrosserie ne protègent pas contre ces tirs). Le garde ne peut, au mieux, que disposer d’une arme de poing. Asymétrie aussi s’agissant du tir lui-même : Alors que le terroriste tire aveuglément sur toute personne à sa portée, l'agent doit avoir une ligne de tir dégagée pur atteindre le criminel sans risque de faire une victime innocente. Asymétrie enfin parce que le criminel bénéficie de l’effet de surprise, du mouvement de panique...

Bref, tous ceux qui voient dans l’armement des agents de sécurité privée une solution satisfaisante se trompent. Et l’on ne pourra pas mettre un membre du GIGN ou du RAID devant chaque cible potentielle, dont la force est d’ailleurs au moins autant l’action collective et méthodique que les capacités individuelles.

Alors faut-il que nos agents de sécurité demeurent sans moyen de défense ? Non !

Quel type d'arme envisageable ?


Entre l’arme de poing délicate à mettre en œuvre, comme je l’évoquais dans cet article, et rien, absolument rien comme c’est le cas aujourd’hui, il existe des solutions intermédiaires. Les armes non létales ou plus précisément à létalité réduite sont une solution à envisager sérieusement. Je pense en particulier à la bombe lacrymogène. Les conteneurs à forte puissance (ceux que l’on voit utilisés par les unités de maintien de l’ordre) sont efficaces jusqu’à 7 mètres voire plus. Le grand avantage d’une telle arme est qu’elle est incapacitante même si la visée est imprécise (notamment celle à base d'oléorésine de capsicum à forte concentration). Le terroriste qui ne serait pas totalement neutralisé perdrait assurément de son potentiel, de sa capacité à appliquer des tirs précis... Bien évidemment, les personnes alentours pourraient aussi en être affectées, mais quel est le risque au regard d'impacts de balles.

Questions juridiques et alternatives


Il faut avoir à l’esprit que ces aérosols de forte puissance, par leur contenance nécessairement supérieure à 100 ml, sont des armes classées en catégorie B. Rien n’est donc possible sans que soit aménagée la réglementation sur leur port par des agents de sécurité. Et pourquoi pas par d'autres personnes de confiance qui seraient en quelque sorte habilitées pour détenir ce type de matériel (responsables de lieux de loisir, gardiens "ordinaires"...)

Enfin si la menace terroriste devait se pérenniser, ne pourrait-on envisager d’approfondir la recherche en matière d’armes non létales ? Des solutions alternatives, parfois originales, qui n’ont jusqu’alors pas été retenues, ont été antérieurement étudiées. Peut-être mériteraient-elles d’être reconsidérées à l’aune de ces nouvelles menaces et pourquoi pas de technologies innovantes. 



Protéger notre société, fragile par nature parce qu’elle doit préserver notre liberté et parce qu’elle est habituée à la sécurité, est un défi. Les questions de l’armement des agents de sécurité privée, des moyens des forces de police et de gendarmerie ou des possibilités d’acquisition d’armes de guerre par des terroristes sont de vrais sujets de débat. Mais parce que le terrorisme est dorénavant à mettre au rang de guerre, il faudrait que ces débats soient conduits par ceux qui les animent – la presse ou des mouvements divers – avec le sens des responsabilités. 


En particulier ne pas tomber dans le piège tendu par les terroristes qui veulent désorganiser nos sociétés et susciter les divisions. 
Restons donc unis tout en continuant de débattre avec le sens des responsabilités et de la mesure. Et gardons en mémoire les leçons de la Bataille d’Angleterre : c’est au moment où les bombes tombent sur Londres que la population fait front avec le flegme et le courage qui la caractérisent. La communication était aussi maîtrisée. Mais c’est bien sûr un autre temps et une autre échelle de grandeur (« The Battle of Britain » a fait 30.000 morts). En commun tout de même, le fascisme, l’un érigé sur la suprématie affirmée « d’une race » ; l’autre sur celle d’une religion. Du latin relegere, rassembler... ! Mais cela a dû échapper à ces esprits faibles.





Notre pays vient encore d’être touché par cette folie terroriste. Un policier et son épouse ont été sauvagement assassinés hier soir. Nos pensées vont vers eux, leur enfant dorénavant orphelin, leur famille confrontée à l’horreur et tous les policiers avec qui nous sommes solidaire.

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