mercredi 20 avril 2016

Deming : Passons de la roue au moteur !

La célèbre roue de Deming...


Tout le monde connaît Deming pour sa célèbre roue : Planifier – Développer – Contrôler – Ajuster. L’inévitable PDCA qu’il a popularisé mais dont la conception revient en fait à Walter A. Shewhart, proche de Deming et inventeur de la théorie des variations...).

Une roue, symbole classique d'itération, et quatre verbes d’action pour atteindre la qualité. Deming s’y était intéressé en mathématicien, par le biais des statistiques qui l’avaient conduit à mettre au point les premières techniques d’échantillonnage (initialement dans le domaine du recensement de la population).

Pourtant, les apports de W. Edwards Deming au management (1900 – 1993) vont bien au delà. 

Un peu à la manière d’un acteur vampirisé par un film à succès, Deming – ou son nom pour le moins – s’est trouvé réduit à une roue ! Quelle injustice pour cet homme qui a fourni à l’entreprise à la fois la roue et le moteur :

Car Deming avait une position exactement inverse : selon lui la qualité ne devait pas être une fin en soi et les chiffres ne pas guider le management de l’entreprise : « Bannir les exhortations, les slogans et les objectifs qui demandent aux employés d’atteindre le zéro-défaut et d’augmenter le niveau de productivité », c’est ce qu’il préconisait. Il avait fait le choix de prendre le contre-pied du taylorisme, ce qui ne l’avait pas aidé à trouver sa place aux États-Unis... Jusqu’à son glorieux retour du Japon où, détaché par son pays après la guerre, il avait directement contribué au redressement de l’industrie nipponne.

Les mathématiques ont souvent conduit à la philosophie. Et Deming le mathématicien a bien plus apporté à la philosophie du management que ne pourrait le laisser penser le principe d’amélioration continue... Qui fait parfois penser à une autre roue... celle dans laquelle ces pauvres hamsters ne cessent de tourner !

En quoi ce qu’il proposait était moteur ?


Des leaders, voire des coaches plus que des managers


« Éliminez les quotas au travail : Remplacez les par le leadership. Éliminez le management par les objectifs : Remplacez le par le leadership. Éliminez le management par les chiffres : Remplacez le par le leadership ». L’arbre du moteur proposé par Deming n’était ni la planification ni le contrôle mais ce fameux leadership - ou la capacité à mobiliser et à fédérer les énergies au profit d’un objectif collectif dans lequel chacun trouve à s’accomplir (ce qui bien sûr nécessite de prendre ses distances avec le concept de lutte des classes qui, au XXIème siècle, fait encore florès au pays de Proudhon et des « nuits debout », un véritable défi pour la France !).


Il ajoutait « Supprimez les obstacles et les barrières qui privent les employés et les managers de leur droit d'être fiers et d'avoir du plaisir dans leur travail. Cela implique l'abolition de la notation annuelle au mérite et du management par objectif, à l'origine des conflits et de la compétition ». Car, ajoutait-il, au sein de l’entreprise « nous voulons de la collaboration et non de la compétition ». 

De la stabilité dans les objectifs 

Peut-être en lieu et place de l’agilité si actuelle... toujours prête à muter en agitation.


Parce que la stabilité, c’est de la sécurité, de la confiance, l’idée qu’on est au moins en partie maître de son avenir. Il préconisait donc des objectifs ambitieux, exigeants mais stables, construits à partir d’une vision du futur qui caractérise celui qui dirige. Et pour les atteindre, des ressources allouées dans le temps « long ». La stabilité n’ayant rien à voir avec l’immobilisme : ce temps et cette vision compensent la nécessité de s’adapter en permanence pour répondre à des clients et un marché en perpétuelle évolution.



Un investissement : le vrai prix


Il ajoutait à tout cela que la politique d’achat au plus bas prix était une maladie mortelle pour l’entreprise car elle impacte nécessairement la qualité. Il insistait pour une approche qualitative intégrée dès la conception, afin de minimiser les contrôles et les ajustements ultérieurs.

Le bonheur au travail !


C’est au total 14 points permettant d’éviter 7 maladies - mortelles disait-il - qu’il avait listé. L’ensemble constitue une stratégie de management globale dont l’objectif est bien la qualité de ce que produit l’entreprise mais dont le moyen est le bonheur – il utilisait le mot mais retenons au moins l'épanouissement ou le bien-être, c’est déjà pas mal - de ceux qui y contribuent ! (ce que démontrent d'ailleurs ces entreprises qui réussissent, auxquelles je consacrais un article)

Alors dépassons la roue et retenons de Deming ce moteur qu’il nous propose : les hommes et les femmes qui conçoivent le produit, qui le fabriquent et qui le vendent (ainsi bien sûr que ceux qui les dirige).

L’homme depuis qu’il s’est redressé a bien compris qu’il devait être agile. C’est même ce qui l’a placé au sommet de la pyramide des espèces. Si les menaces ont moins de crocs et de griffes, il sait que la société actuelle lui impose de le rester. Lui rappeler sans cesse cette agilité vitale est source de stress... Pas nécessairement productif dans la durée. 

Offrons lui plutôt la stabilité et la confiance suggérées par Deming. Indispensables aux temps agités que nous traversons. Et ne nous y trompons pas, Deming savait aussi qu’il fallait être exigeant... dès lors que les conditions de management préalables étaient réunies.


Pour aller plus loin : 

L'Association Française Edward Deming poursuit son objectif : "Ouvrir de réelles perspectives à tous ceux qui veulent établir un management efficace dans le respect de la dignité humaine".

Ici un article complet de la fameuse encyclopédie libre sur Deming (pas d'ostracisme anti-wiki !) qui reprend notamment les fameuses 7 maladies mortelles (mais où vous apprendrez également - entre autre - qu'il est né à... Siouxville !)

Un article en anglais reprenant les 14 principes de management tirés du livre de Deming "Out of the Crisis" (et sa traduction française par Fabrice Aimetti pour ceux qui préfèrent...).

Un bref article du site equationdelaconfiance (Deloitte) sur le management par la confiance qui ne cite pas Deming mais qui s'inspire de sa pensée (comme nombre de conseils en management). Plus complète et très intéressante, une présentation de Laurent Karsenty (CNAM - Ergomanagement) sur les 5 principes pour instaurer un management par la confiance.






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