lundi 19 décembre 2016

Les biais cognitifs : Pires ennemis du veilleur.

Veille et rationalité

Le veilleur n’est pas rationnel ! Il devrait pourtant l’être. Autant lorsqu’il collecte l’information (phase de traitement rapide) que lorsqu’il l’analyse (phase de traitement approfondie).

Mais humain donc subjectif, le veilleur n’échappe pas aux biais cognitifs : ces mécanismes inconscients qui viennent altérer le jugement. 

Il peut cependant en limiter l’impact sur son travail à deux conditions : les connaître et SE connaître. Car chacun, selon sa personnalité, n’est pas également sensible à tous les biais cognitifs. Et tous les biais cognitifs ne concernent pas le veilleur au même degré.
Cet article présente ceux auxquels le veilleur est le plus exposé. En les connaissant, il pourra mieux s’en prémunir. Jamais totalement, car en la matière, l’humilité est de rigueur. Elle est même la meilleure des protections : Se savoir faillible est la condition initiale de la vigilance, qui permet de minimiser l’impact de ces biais. 

Le biais de disponibilité : 

Privilégier l’information aisément accessible. 
C’est évidemment celui auquel le veilleur est le plus exposé (mais aussi contre lequel il est normalement le mieux immunisé).

Solution : Les requêtes complexes, les moteurs de recherches alternatifs ou spécialisés, (la base de son métier). Normalement, c’est un biais dans lequel il ne tombe pas. Mais certains thèmes sont tellement « pollués » par une information disponible de faible valeur qu’il n’est pas toujours facile d’apurer les résultats.


L’ancrage mental :

Influence de la première impression sur le jugement. 
Plusieurs formes de « premières impressions » - construites très rapidement - c’est leur caractéristique :
  • à partir de connaissances ou d’expériences, positives ou négatives, précédemment acquises,
  • fondée sur l’intuition,
  • par rigidité d’esprit (défaut que doit compenser autant que possible le veilleur).
Certains auteurs distinguent l’ancrage mental, qui serait le produit d’un acte réfléchi, de l’ancrage émotionnel qui serait inconscient. En fait, l'ancrage mental n'est jamais totalement réfléchi. Et s'agissant du veilleur, il n’est normalement pas dans l’émotion lorsqu’il traite l’information. 

Pourtant, il me semble que la frontière n’est pas si nette. L’intuition en particulier mixe l’émotionnel et le rationnel. Elle peut donner le meilleur comme le pire. Et mérite parfois d’être prise en compte dans un travail de veille, à condition d’en avoir conscience et d’en vérifier scrupuleusement les résultats.


L’effet de halo, qui peut être le prolongement de l’ancrage mental : 

Processus de perception sélective à partir d’une première impression marquante. L’effet de halo se rapproche d’une certaine manière du biais de confirmation : le veilleur  pris dans le halo sélectionne alors plus aisément ce qui vient conforter sa première impression.
Solution : Pondérer ses premières impressions, avoir conscience de sa subjectivité. Mais aussi analyser l’information d’abord pour ce qu’elle est avant d’établir ou de rechercher les liens existants ou possibles (l’effet de halo conduit souvent à préjuger de liens avant analyse).


L’effet de cadrage :

Influence liée à la manière dont l’information se présente / est présentée. 
Un biais cognitif à deux visages : 

Les circonstances de la collecte peuvent conduire à un effet de cadrage (l’information dont on vient de prendre connaissance donne par exemple une connotation particulière à celle qui suit, cette séquence étant pourtant le fruit du hasard). 

Mais cet effet de cadrage peut aussi être, plus ou moins volontairement, produit par celui qui est à l’origine de l’information. En effet, l’influence – et d’une manière générale toute communication – vise à un effet de cadrage plus ou moins marqué. 

Solution : Savoir détecter ces biais de cadrage permet au veilleur d’accéder à une clé de compréhension majeure : quelles sont les causes et les ressorts du cadrage par l’émetteur de l’information – ou le transmetteur. Les comprendre est souvent riche d’enseignements. Au point qu'il est souvent nécessaire d’orienter spécifiquement les recherches pour approfondir ces mécanismes d’influence.


Il y a enfin des biais qui ne sont pas directement liés au jugement mais à la mémorisation (biais dits mnésiques – et non pas amnésiques comme on peut le lire parfois !! Affection alors funeste pour le veilleur). Ils impactent bien évidemment le travail de veille : 


L’effet de récence : 

Mieux se souvenir des dernières informations collectées. 
Ce biais est souvent négligé par le veilleur. Pourtant la masse d'informations à laquelle il est exposé, "l'Infobésité", favorise presqu'inévitablement l'effet de récence. Encore plus si l'on veille les réseaux sociaux où un post chasse l'autre.

En lien, un article intéressant de Futurs Talents sur les 9 dysfonctions de l'Infobésité


Solution : Classement minutieux et logique de l’information collectée ; indexation multicritères de cette information. Puis travail régulier de relecture (rapide) pour rapprocher, discriminer... auquel doit être associée la redéfinition régulière des besoins correspondant à l'état - évolutif - de la veille.

Combien de veilleurs collectent trop, sans prendre ce temps d'analyse. Où s’y engagent lorsque le volume d’informations est tel que l’effet de saturation est déjà là, produisant ses effets délétères : compréhension faussée ou approximative, découragement voire abandon (à l'approche rationnelle se substitue alors une approche plus intuitive, secondairement habillée de rationalité - ce processus relevant de la théorie de la rationalité limitée mise en lumière par Herbert Simon).

D’où l’importance d’établir les liens utiles à mesure de la collecte, sans attendre que le temps et l’oubli fassent leur œuvre. 

Des outils aident à limiter cet effet de récence : utiliser Zotero par exemple, pour construire vos « bibliothèques intelligentes ». J’y ai consacré un document-ressource que vous trouverez ici.

. . .ou en cliquant sur l'image


Ces quelques biais ne sont pas les seuls à nous tendre leurs pièges. D’autres viennent mettre en difficulté nos capacités de jugement : effet d’ambigüité, effet de dissonance cognitive ou biais culturel. Nous aurons l’occasion d’y revenir dans le prochain article.

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