vendredi 11 septembre 2015

R&D, French Tech et stratégie

La France séduit les grandes entreprises du numérique.

Elles sont de plus en plus nombreuses à installer leurs structures de R&D dans l’Hexagone*. 

Rien qu’en juin, Facebook, Salesforce et Intel ont pris leurs quartiers parisiens sur des projets majeurs nécessitant l’analyse de données en masse (ou big data). Et l’un des trois « patrons » de ces laboratoires (le FAIR de Facebook - Facebook AI Reasearch) résume à lui seul les atouts français : Yann LeCunn, professeur à la New York University et spécialiste mondialement reconnu de l'intelligence artificielle est issu de l’Ecole de l’innovation technologique de Paris (ESIEE – promotion 1983 - voir son portrait ici). Il illustre la qualité de la formation des ingénieurs en France, dont une très récente étude rappelle que 16% s’expatrie, près de la moitié envisageant de rester définitivement à l’étranger. 

Mais si les entreprises étrangères savent se montrer attractives en offrant des salaires élevés, elles savent aussi aller à la rencontre des cerveaux casaniers. Et à voir ces installations, les cerveaux français semblent attractifs. 

Quand les machines sauront apprendre

Dans cet article du Monde Pixels, Yann LeCunn (le directeur du FAIR de Facebook)  et Yann Olivier expliquent que ces calculateurs fonctionnent en fait comme un réseau de neurones, capables de trouver par eux-mêmes un sens à des données ou à un concept (ex. : l’ordinateur apprend par lui-même ce qu’est un chat sans aucune assistance). Cette intelligence artificielle a pour débouché l’électronique de décision (ex. la voiture autonome), le diagnostic médical automatisé, d’une manière générale l’ensemble de la robotisation intelligente mais aussi – surtout – l’analyse sémantique : L’ordinateur ne traiterait plus des données, mais il leur trouverait un sens, celui qui correspond au besoin de l’opérateur. L’exploitation intelligente des big data serait à portée... Sans compter les applications attendues dans les neurosciences, l’astrophysique...

La clé : la puissance de calcul

Selon Gérard Roucairol, interviewé ici par La Tribune, président du "Plan supercalculateurs", la France est aussi l’un des quatre pays maîtrisant la filière des supercalculateurs (avec les États-Unis, le Japon et la Chine - l'Allemagne aurait abandonné la partie). Ceci grâce aux processeurs (STMicroelectronics, Kalray...), aux machines (Bull) et aux logiciels (ESI Group, Dassault Systèmes...). Or la performance de calcul intensif est l’une des clés de la très probable prochaine disruption dans le monde de l’informatique de haute puissance. Ce n’est donc pas pour rien que le technopole Teratec de Bruyère-le-Chatel dédié au calcul intensif et intégré au pôle de compétitivité System@tic – là où vient de s’installer le laboratoire de R&D d’Intel - est situé à proximité immédiate du CEA. 

Et en la matière, l'Etat a des ambitions : le site de la Direction générale des entreprise de Bercy avance que "le plan (Supercalculateur) a vocation à positionner la France comme un des principaux acteurs mondiaux dans ce domaine".
Et d'évidence, ce plan étant stratégique, il est l'objet de toutes les attentions pour en assurer la protection. Dans ce domaine, la compétition est en effet mondiale. Et féroce.

Des essais à transformer

Ces investissements étrangers dans la French Tech, et spécifiquement dans le secteur de la R&D, sont la preuve du potentiel tricolore. 
Mais ils n’auront véritablement d’intérêt que si la France capitalise sur cette économie de la connaissance : si le savoir n’est pas simplement « siphoné » mais bien réinvestit dans l’industrie et les services, au moins en partie en France. 
Or le dernier baromètre EY montre que le nombre d’emplois créés par l’investissement étranger a baissé de 11% en 2014. Mais surtout que c’est Londres qui truste les sièges sociaux (57 nouveaux contre 11 en France en 2014). A propos de quoi Guy Maugis, P-DG de Bosch France, déclarait en mai dans Challenge’s que « le fait d’avoir un QG hors du territoire n’est pas bon pour l’emploi ».  Ni pour les décisions d'investissements. 

Quelles pourraient être les causes ? 

Une étude d’AT Kearnay, publiée en avril, sur les investissements étrangers directs nous met peut-être sur la piste : la France est en 19ème position en matière d’indice de confiance, principalement en raison du taux de perception « plutôt négatif » du pays par les investisseurs (sur les 29 pays classés, juste derrière l’Italie et la Turquie et au coude-à-coude avec Mexico. Tout de même difficile pour la 5ème économie du monde ! ). 

Les premiers critères retenus pour décider d'un investissement ? Après la taille du marché intérieur, la transparence de la réglementation dans le pays cible, le taux de taxation, la sécurité de l'environnement général et en 5ème position seulement, le coût du travail. En fait beaucoup de verrous relevant de politiques publiques... 




* Sur 18 mois, le JDN en recense sept - lire l'article ici.
** Teratec est une association regroupant plus de soixante entreprises et laboratoires de recherche, créée à l’initiative du CEA pour constituer un pôle européen de compétences en simulation numérique à haute performance. Il se donne pour objectifs de fédérer l’ensemble des acteurs industriels et académiques, offreurs et utilisateurs, de donner accès aux systèmes les plus puissants, de promouvoir et d’accroître l’attractivité du domaine en favorisant le développement économique. 

Il est situé à une vingtaine de kilomètres du très stratégique Plateau de Saclay et de sa célèbre Ecole Polytechnique.