mercredi 29 juillet 2015

Big Data suite : Les leçons de Porter


Voyons en quoi Michael Porter peut nous aider à situer la France et l'Europe sur le marché du Big Data qu'on a abordé ici (on réduit trop souvent Porter à la représentation des 5 forces auxquelles l’entreprise est soumise, toujours représentées dans le même graphique)


Il faut se rappeler que cette théorie est issue de son ouvrage The competitive advantage of Nations. Il indique que certaines nations sont plus compétitives que d’autres à raison :

  • Des conditions de facteurs, càd la position de la nation dans les facteurs de production (nature des infrastructures et des outils de production, qualification de la main d’œuvre, niveaux et mobilisation des ingénieurs...)
  • Dans la même ligne, de l’état des industries et services associés : fournisseurs, industries connexes et leur compétitivité à l’international (cela impacte le niveau de dépendance/indépendance)
  • Des conditions de la demande intérieure : Oui, selon Porter, la nature de la demande intérieure pour le produit ou le service proposé par cette industrie va soutenir l’engagement et la réussite de l’entreprise
  • De la situation de l’entreprise (sens large) dans la nation considérée au regard de la stratégie, des structures et de la concurrence : selon Porter, la concurrence intérieure stimule la compétitivité et la création de valeur.
Selon Porter, une forte concurrence intérieure nourrit le succès à l’international.


Alors voyons comment cette analyse de Porter « colle » au marché du Big Data traité dans le post précédent :

Porter : Une grille de lecture éclairante

  1. Dès le titre de son livre (L'avantage concurrentiel des Nations), il place bien les nations en concurrence entre elles. Et pas seulement les entreprises qui seraient seules en concurrence entre elles dans un grand marché global. On comprend pourquoi les entreprises américaines se perçoivent et s’assument comme... américaines avant d’être internationales. 
  2. La demande intérieure étant un moteur majeur pour la réussite à l’international, le taux d’équipement de la population et son intérêt pour le produit et la technologie dans le cas du Big Data est évidemment prépondérant. Mais bien évidemment celui des chefs d’entreprises. Et à cet égard les différents sondages et études doivent constituer des alertes et mobiliser tous ceux qui peuvent influencer le tissu économique
  3. Un écosystème global doit être en place dans le pays. Porter met l’accent sur la structure et la direction des entreprises et bien évidemment cette capacité, à la fois à être en compétition parce qu’elle est stimulante mais aussi à réunir les forces pour conquérir les marchés extérieurs. De ce point de vue, le modèle de nos pôles de compétitivité un atout dès lors que leur gouvernance demeure active, efficace et soutenue par des membres réellement investis qui jouent réellement collectif sur l’espace partagé.

... qui peut livrer des clés stratégiques 

Porter ne livre donc pas seulement le graphique que tout le monde garde à l'esprit. 
Il propose un prisme d’analyse qui permet de mesurer très en amont l’avantage concurrentiel d’une nation et des entreprises qui la font. 
Et pour le marché du Big Data, ce prisme fournit des indications claires sur l'investissement à réaliser, du prospect (qui peut être tout acteur économique) et qu'il faut d'abord convaincre d'adhérer à la démarche :  être prêt à utiliser un nouveau produit et une technologie associée (plutôt que d'être un consommateur méfiant, profil de plus en plus répandu). Cela représente la demande intérieure. La démarche doit aussi mobiliser tous les décideurs, qu'ils soient à la tête d'une entreprise ou d'une nation.
C'est la cohérence et la mobilisation de l'ensemble qui conduit à la réussite.
Une mobilisation enthousiasmante, du travail en perspective !