mardi 16 juin 2015

Qu'est-ce que l'intelligence stratégique

« L’intelligence économique a vécu. Vive l’intelligence stratégique ! »
 Effet de mode ? Impact du terme « stratégique » - qui, reconnaissons-le fait toute de suite plus sérieux  ?  Faiblesse du terme « économique » qui ne parle pas réellement au monde de l’entreprise ? L’intelligence stratégique semble gagner du terrain sur celui de l’intelligence économique. Ce blog céderait donc à une tendance et à un effet d’affichage. Il n’en est rien...
Un raccourci est fréquemment opéré entre la veille (s’affirmant elle aussi stratégique) et l’intelligence économique. Comme le savent déjà les lecteurs avisés du blog – mais rappelons-le pour les autres – elle n’en est qu’un aspect avec l’influence et la protection (de l’information et de l’entreprise en général) ; l’ensemble ayant pour objet de gagner ou de conserver des avantages concurrentiels qui, au final, font la différence dans la compétition que se livrent les entreprises. François-Bernard Huygue questionnait déjà le sujet en 2013.

L’intelligence stratégique serait-elle donc un mix d’intelligence économique et de veille stratégique ? Stratégique parce que tout cela serait au service de l'anticipation. A mon sens non ! Ou pas seulement.

Bien sûr, l’anticipation dans une société en mouvement perpétuel est indispensable. C’est un lieu commun. Et elle est bien sûr étroitement liée à une démarche stratégique. Mais elle n’en est pas la clé. Non, la véritable clé est la décision. Or il nous a été donné à de multiples reprises de voir, au sein même des entreprise, qu’il y avait parfois loin de l’intelligence économique à la décision. 

Il suffit de prendre deux critères d’analyse : les offres d’emploi de veilleurs, d’analystes... Les profils recherchés sont presque exclusivement des juniors voire des stagiaires. Ce qui est heureux pour une jeunesse qui doit trouver sa place dans le monde de l’entreprise. Mais qui montre que l’entreprise souhaite modérer son investissement sur un sujet qu’elle ne juge en fait pas stratégique. Et du coup, quel poids aura ce jeune veilleur dans les cercles décisionnels bien installés de l’entreprise ?

Pour en avoir rencontré un certain nombre, ils sont animés des meilleures intentions, très souvent bien formés et convaincus par leurs enseignants et mentors de l’importance de l’intelligence économique – voire de la guerre économique qui impose de se défendre autant que d'être offensif  ! Mais au sein de l’entreprise, ils s’interrogent souvent sur ce que pèse réellement leur travail de veille. Faute de besoins exprimés par le management, ils déterminent seuls ou presque le champ de leur mission. Ou bien, travaillant pour de grands groupes, ils s’aperçoivent qu’ils sont en concurrence de fait avec une multitude de cellules de veille plus ou moins formelles, non répertoriées mais installées dans les branches métiers pour répondre à des besoins opérationnels ressentis ; l’ensemble étant coordonné par... personne !

C’est alors que l’intelligence stratégique prend tout son sens : elle implique nécessairement le top-management et les responsables des différents métiers de l’entreprise. Elle intègre le Knowledge management (KM), souvent théorisé, rarement mis en oeuvre, faute de volonté, de ressources ou de savoir-faire. Elle fait de la veille un moyen coordonné, organisé et rationalisé et non une finalité en quête de je ne sais quelle pépite. Elle répond enfin au besoin d’analyse en vue de la décision. Analyse et décision en symbiose, qui  seules donnent à l’intelligence (l’information qui fait sens) sa dimension stratégique. Ainsi le traitement de l'information, l'analyse et la décision sont en liens étroits avec le management, des hommes comme des connaissances. Le tout acquérant alors une portée stratégique ! Stratégique, un mot galvaudé sur lequel on reviendra...

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