mercredi 17 juin 2015

La Stratégie va très mal !


Mauvaise nouvelle : la Stratégie vient d’être admise en réanimation dans un état grave. Sun Tzu et Clausewitz devraient se rendre à son chevet (bien qu’ils ne soient eux-mêmes plus très en forme). Le mal se traduit par une extrême faiblesse dont on commence à connaître la cause. Pourtant la Stratégie, toute féminine qu’elle soit, est d’abord militaire, donc solide ! Et pas une militaire de seconde ligne. Non, une véritable guerrière, de celles qui ont gagné des batailles à ne plus pouvoir les dénombrer. Mise à l’honneur par ces Gengis Khan, Hannibal, Nelson, Napoléon, Joukov ou Rommel (même s’il n’était pas dans le bon camp). 

Sa faiblesse est apparue sans doute faute de guerre – et ça, ce serait plutôt bien. Sauf les guerres modernes, dites asymétriques dont on ne voit d’ailleurs pas très bien quelle stratégie les guide ! Alors il lui restait le champ économique pour continuer d’exister : la guerre économique que se livrent les grandes nations et les groupes internationaux aurait pu être un nouveau terrain pour qu’elle continue d’exister vaillamment. Cependant, si la Stratégie est portée par la volonté de conquête, son histoire montre qu’elle recherche sans doute plus les honneurs que l’argent. 

Non, ce qui l’a véritablement affaiblie, c’est lorsqu’elle est tombée dans une secte : on les appelle les gourous du management. Ils l’ont d’abord prise pour ce qu’elle était : un mélange de force et d’intelligence, de volonté et de discernement, de calcul et d’intuition. Mais ils l’ont tant utilisée, popularisée, ils ont tellement cru en son magnétisme, qu’ils l’ont asservie à leur bon vouloir : celui d’en faire d’abord un outil de communication. La grande Stratégie, un outil de communication ! La dague asservie en porte-voix !

Et le pire est arrivé lorsqu’il sont parvenus à la mettre à terre : la faire entrer dans le langage courant. Stratégique est alors devenu synonyme d’important.



Elle était une reine, elle est devenue l’esclave de celui qui, peinant à mobiliser ses équipes, faute de mieux, conclut son discours ou annonce son intention par un pitoyable « Chers collaborateurs, c’est stratégique ». Parfois, il faut même comprendre que c’est juste important pour sa carrière. Quelle bataille pourrait alors gagner une si faible stratégie qu’elle en a perdu sa majuscule.

Non, stratégie n’est pas synonyme d’important ni même de déterminant. Elle n’est pas de l’ordre des moyens, ou pas seulement : la veille, qui est un moyen, n’est donc pas stratégique. Elle ne peut être que tactique. Pour avoir une chance de conduire une véritable stratégie et d’en obtenir les résultats, il faut savoir ce que l’on convoque. Quels ressorts on actionne. Ce n’est pas qu’une question sémantique. Les mots ont un sens et le sens soutient l’action... C’est même le rôle du manager : donner du sens à l’action. Une claire conscience de ce qu’est la stratégie est de nature à l’aider dans sa tâche difficile. Le blog sera l’occasion d’y revenir.

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