samedi 27 juin 2015

De la transparence à l'innocence !


En un temps où l’information doit être décryptée, selon la terminologie journalistique habituelle, où l’influence utilise des techniques de plus en plus fines, notre société est éprise de transparence. Quête d’équilibre tout à fait naturelle !

Cependant, dans l’âpre concurrence que se livrent les entreprises, la France paraît bien innocente :

Nous sommes déjà le pays qui oblige ses entreprises à publier leur bilan (hors TPE-PME depuis 2013), ce qui donne à la concurrence des informations précieuses.
Mais depuis le 14 juin, les entreprises de plus de 300 personnes doivent mettre en place une base de données économiques et sociales (investissements, fonds propres, endettement...) mise à jour régulièrement, à laquelle les représentants du personnel auront accès (membres du CE, délégués syndicaux et élus du CHSCT). En outre, les employeurs devront aussi consulter le CE sur les orientations stratégiques à trois ans et sur leurs conséquences (envisagées). 

La motivation du législateur ? sécuriser l’emploi (c’est le nom de la loi votée l’an dernier) !
Et si cette loi, comme celle qui prévoit la publication des comptes, était à rebours de son intention, de nature à fragiliser l’emploi et l’entreprise ?

L’intelligence économique, c’est la maîtrise de l’information stratégique et sa protection. 

Dorénavant, le nombre de personnes qui va avoir accès à cette information stratégique va être considérable. La protection de l’information est déjà un réflexe difficile à faire acquérir dans l’entreprise. Mais là, ce sera tout simplement impossible ! Sans compter qu’une information stratégique (dont le législateur a interdit dans le même temps « que ce soit écrit dessus »), peut-être difficile à distinguer d’une information ordinaire. Certains éléments d’apparence anodine aux yeux d’un employé peuvent avoir un tout autre intérêt pour un expert. 

Les partenaires sociaux sont par principe loyaux à leur entreprise. Il y va d’ailleurs de leur avenir (dans le même temps, les bras de fer employeurs – partenaires sociaux, destructeurs pour l’entreprise, sont de plus en plus fréquents : Air France en est un triste exemple). Loyaux par principe donc ; mais on ne peut toutefois pas négliger que par le nombre, l’un d’entre eux, parce qu’il a gardé des liens avec un ancien employeur ou parce qu’il souhaite en tisser avec un futur, ou encore parce que sa nationalité l’incline à un autre patriotisme économique... vienne à communiquer, plus ou moins volontairement d’ailleurs, ces informations stratégiques.

Enfin, pour accéder à ces informations, qui peuvent révéler des fragilités et des objectifs exploitables, un concurrent malveillant ou un « cabinet d’IE passé du côté obscur de la force » - hélas il y en a -, n’aura plus à prendre le risque de les voler. Il suffira juste qu’il pénètre les bonnes instances...

Au moment où notre tissu économique n’a jamais été si fragile, cette dictature de la transparence me paraît coupable. D’autant que les relations entre employeurs et partenaires sociaux ne se décrètent pas. Elles se vivent : regardons et tirons leçons de ce qu’elles sont en Allemagne. Sans doute un sens de la synthèse raisonnable que notre esprit latin peine à assimiler. 

Cette loi a un mérite : du travail en perspective pour tous ceux qui doivent veiller dans l'entreprise à la protection de l'information.



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