lundi 29 juin 2015

Atouts et aléas de la coopétition : l'exemple d'Airbus en Chine



Le 23 juin, Claude Revel plaidait à Science-Po pour la coopétition. La coopétition, c’est l’acceptation que nous sommes bien dans une compétition mondiale acharnée mais que les coopérations sont indispensables à la conquête de nouveaux marchés et au développement des économies nationales. Ce qui ne fait pas de doute. La coopétition est souvent étroitement liée au statut de joint-venture, de coentreprise en français.



Mais pour atteindre le sommet qu’est la signature d’un contrat, le chemin peut se révéler abrupt et semé d’embuches. L’exemple d’Airbus en Chine illustre bien la situation :

Après de longues et incertaines négociations, la prochaine visite du Premier ministre chinois Li Keqiang en France, pourrait être l’occasion lors de son déplacement à Toulouse ce 2 juillet de signer le contrat visant à installer un centre d'achèvement des A330 en Chine, à côté de l'usine d'assemblage final des moyens-courriers A320 à Tianjin, inaugurée par Airbus en 2008.

L’Usine Nouvelle résume bien la situation : "Achètes-moi des avions, je te prête une usine !" Cette opération est d’autant plus importante que cet Airbus A330 a tout spécialement été pensé pour le marché intérieur chinois... qui n’en a encore acheté aucun !

L’aventure d’Airbus en Chine

Initiée avec la ligne d’assemblage pour les A320 en 2008, elle s’est poursuivie en 2009 par la création d’HMC, coentreprise regroupant Airbus et des partenaires chinois dont AMIC. Airbus concevait aussi un avion presque spécifiquement pour la Chine et en septembre 2014, augmentait son capital au sein d’HMC. 
Et peut-être que dans quelques jours... Mais chut ! Airbus, sans doute un peu superstitieux préfère garder le silence. Toujours est-il que le Quotidien du Peuple, couvrant le 24 juin ce sujet conclut ainsi : « L'A330 a connu une renaissance en raison de récents retards dans la livraison du Boeing 787, mais les ventes ont à nouveau diminué, forçant Airbus à annoncer deux baisses des taux de production, en attendant le développement de l'A330 Neo ». Le décor de la négociation est posé.

Au moment de l’engagement d’Airbus en Chine, Boeing trustait les 2/3 du marché. Il se répartit aujourd’hui environ pour moitié entre les deux concurrents, qui se livrent une concurrence féroce. 

Un nouveau concurrent chinois

Mais Airbus et Boeing n'ont pas vocation à se partager le gâteau : la Chine lance son moyen-courrier C919 visant à concurrencer l’A320 (et le 737). Mais il n’est pas facile d’acquérir toute l’expertise nécessaire à la construction d’un avion : en témoignent les 18 ans qu’il aura fallu à l’ARJ21, avion régional chinois, pour passer du projet à la réalisation. 

Et cela, du coup, nous rappelle une aventure : En 2007, la Chine avait fait l’acquisition de deux A320. Or l’un des deux « n’apparaissait plus sur les écrans radars ». Non pas qu’il fût devenu furtif. Non, il avait simplement disparu de la circulation. On peut oublier où on a garé sa voiture, mais un avion ! En fait, Air et Cosmos, révélait à l'époque qu’il avait servit à une opération de reverse-engineering : démonté pièce par pièce, il était étudié dans ses moindres détails. Ce qui renvoie à l’article sur la culture chinoise pour laquelle la copie a un sens qui lui est propre. De là à dire que le C919 aurait une filiation européenne... 

Tout ceci n’a pas empêché de vendre des Airbus, d’y déployer des usines et de continuer à nouer des partenariats pour le bien de l’économie française et européenne (les A330 seront montés à Toulouse et s’envoleront pour la Chine en vue de leur équipement final).

La coopétition, une vraie philosophie

On l'a démontré, dans coopétion, il y a bien compétition et elle est parfois farouche. Mais il ne faut pas que les inévitables aléas conduisent à butter sur des points de crispation. Un bel exemple est cette déclaration de Ian Thomas, président de Boeing Chine : « La stratégie de Boeing en Chine servira la stratégie nationale du pays ainsi que la demande de nos clients chinois. Nous vendons non seulement des avions en Chine, mais nous soutenons également le développement futur de la sécurité et l'efficacité de l'industrie de l'aviation chinoise ».

La coopétition et le patriotisme économique ne sont pas contradictoires. La clé reste de conserver une avance et les avantages compétitifs qui vont avec. 
L'A380 en est un bel exemple.